Santé mentale – Faire les liens

Fév 20, 2018

En m’assoyant pour écrire ce blogue, j’ai eu cette réflexion : “Que puis dire au sujet de la santé mentale qui n’a pas déjà été dit ?” Tous les ans, nous voyons diverses campagnes de sensibilisation sur la santé mentale, à la télévision et sur les réseaux sociaux. Ces initiatives sont généralement prévues d’avance, ont un des objectifs communs d’informer et encourager les gens à demander de l’aide. Une campagne par année, c’est mieux que rien mais je crois qu’il est temps de mettre fin à cette façon de faire qui est située dans un moment précis de l’année. Nous devons commencer à parler de santé mentale à l’année longue, et arrêter de voir la santé mentale en terme binaire, soit avoir un problème ou ne pas en avoir. Nous devons également prendre la peine de bien nous situer quant au message véhiculé. Que faisons-nous en tant qu’organisation et est-ce que la société pose les bons gestes pour s’attaquer à la racine des problèmes ? Les besoins d’aide en santé mentale sont parmi les criants dans notre société aujourd’hui. Les conséquences humaines et économiques sont énormes bien que souvent cachées sous le tapis. Au cours des derniers mois, j’ai compris que les problèmes de santé mentale sont liés à une panoplie d’autres problèmes sociaux comme le suicide, l’itinérance et la dépendance. J’ai également pris connaissance des conséquences sur nous tous, nos membres, nos familles.

La santé mentale a été un sujet tabou pendant trop longtemps. La société se réveille enfin et réalise que nous devons en parler, et encore plus important, nous devons agir ! Les problèmes de santé mentale peuvent affecter tout le monde sans égard à la classe économique, le genre, la religion ou l’affiliation politique. Selon le Centre de la dépendance et de la santé mentale, tous les ans, une personne sur cinq au pays a eu un problème de santé mentale ou de dépendance. À l’atteinte de 40 ans, un Canadien sur deux a ou a eu un problème de santé mentale. Au moins 20% des gens aux prises avec des problèmes de santé mentale ont aussi un problème de dépendance. De bonnes personnes sans accès à un traitement en bonne et due forme et/ou un soutien adéquat se déconnectent de la société, elles deviennent invisibles.

Certaines de ces personnes sont nos membres. Il n’y a pas si longtemps, j’ai eu l’opportunité de m’entretenir avec une personne qui s’occupe des sans-abris à Calgary. Nous avons parlé du manque de logements adéquats, du manque de ressources humaines, du manque de ressources financières, et du burn-out des personnes ressources. Quelques fois dans la discussion, elle a mentionné le terme « la population oubliée ». J’ai pris pour acquis qu’il s’agissait d’un terme pour englober tout la population itinérante. Quand je lui ai demandée de clarifier le terme, elle m’a expliquée que la « population oubliée » était composée en grande partie d’homme, certains sont nos membres, ils sont âgés de 45 à 60 ans, plutôt en fin de carrière. Ils passent dans les craques du système, peut-être parce qu’ils n’ont pas accumulés assez d’heure pour une pension décente ou qu’ils ont soufferts d’une blessure ne leur permettant plus de travailler, et plus souvent qu’autrement, ils sont pris avec des problèmes de santé mentale non traités ou une dépendance.

Quand on pense à une personne dépendante, on a souvent l’image de personnes vivant dans des conditions précaires ou en marge de la société. En réalité, la dépendance peut toucher tout le monde nonobstant son âge, son statut économique ou son origine. Les études démontrent que dans les villes canadiennes, 23% à 67% des personnes sans abri sont affectées par des problèmes de santé mentale, et malheureusement il est plus facile de mettre ces personnes en prison que de les traiter adéquatement. Il y a une réalité triste, certains sans abri perçoivent l’incarcération comme salutaire car cela force les dépendants à se désintoxiquer. Par ces personnes ne comprennent pas que la prison ne fait rien pour s’attaquer aux rasions réelle de la dépendance.

Récemment, les syndicats des métiers de la construction de l’Amérique du Nord ont mis en place un groupe de travail pour trouver des solutions à la crise des opioïdes aux États-Unis. Nous avons eu une rencontre jusqu’à date, et presque tout le monde avait une histoire poignante à raconter à propos d’un proche dépendant des opioïdes. Le Canada fait aussi face à une crise nationale qui a des conséquences sur notre système de santé public, privée et nos plans d’assistance familiale. Les adultes âgés de 45 à 64 ans ont un des taux les plus élevé d’admission en hôpital en raison d’un empoisonnement aux opioïdes, mais le taux en croissance le plus rapide concerne les jeunes de 15 à 24 ans. L’ouest et le nord du Canada ont les taux d’hospitalisation les plus importants mais les taux dans l’est du Canada sont en hausse. Les problèmes de santé mentale et traumatismes sont des sources premières contribuant à l’utilisation massive des opioïdes. Les récentes recherches démontrent que 31% des empoissonnement aux opioïdes l’année dernière au Canada ont été volontaires, incluant des tentatives de suicide.

Le suicide est une épidémie cachée dans l’industrie de la construction. Il y a plusieurs facteurs contributeurs, notamment des périodes irrégulières d’emploi, ne pas savoir quand viendra la prochaine paye, des déplacements loin de la famille, l’isolement, la douleur chronique. Aussi, historiquement, il n’y a pas beaucoup d’attention mise sur les hommes au milieu de leur vie. Ils sont considérés privilégiés, établis et on tout pur eux. Mais probablement le facteur le plus important est le tabou entourant la santé mentale chez les hommes. La construction est une industrie dominée par les hommes où la culture du « tough guy » n’est pas propice à la discussion sur la santé mentale. Réussir à gérer des pensées dépressives, anxieuses ou suicidaires devient difficile quand tout ce qui a été appris tout au long de ta vie est de ne pas montrer ou parler de ses émotions

En résumé, la santé mentale ne doit pas être prise pour acquise. Faire la promotion d’une bonne santé mentale dans notre industrie n’a jamais été aussi important. Tous les jours, 500 000 Canadiens et Canadiennes ne se présentent pas au travail en raison de problèmes de santé mentale, et parce que c’est plus difficile à identifier, les organisations en font rarement une priorité. Un changement de culture prend du temps, et tout n’a pas besoin d’être d’un seul coup. Développer un programme de santé mentale est un bon début. Optez pour une vision et des principes pour guider votre programme. Faites la promotion de vos programmes d’assistance familiale et pensez intégrer de la formation sur la santé mentale dans votre curriculum pour votre leadership et vos délégués syndicaux. De la formation de base et pratique peut aider les travailleurs à reconnaitre des signes de détresse. La recherche démontre que valider des émotions aident les gens à chercher de l’aide professionnelle. L’employeur a une responsabilité de s’assurer d’un lieu de travail sécuritaire. Pourquoi ne pas demander aux propriétaires e aux contracteurs d’incorporer un message sur la santé mentale lors des rencontres avec les travailleurs, et donner aux contremaitres et surintendants des ressources pour soutenir leurs membres ? Après tout, une main d’œuvre en santé est une main d’œuvre plus productive et sécuritaire. Comprendre et promouvoir une bonne santé mentale est une responsabilité partagée. Nous avons tous notre rôle à jouer, et c’est la bonne chose à faire !